GESTION DES REGLES MENSTRUELLES EN MILIEU SCOLAIRE : UN BESOIN NON SATISFAIT EN MATIERE DE SANTE SEXUELLE ET REPRODUCTIVE DES FILLES.

Savez-vous que les règles menstruelles des filles restent encore un sujet tabou au Mali ? C’est du moins ce qui ressort des propos de ces jeunes écolières agées entre 15 et 14 ans. 
A Diarra est une adolescente de 15 ans. Elle fréquente une classe de 9ème à l’école fondamentale de Sakoiba, un village situé à quelques 262 kilomètres au sud-est de Bamako. Elle nous raconte les premiers moments de ses premières menstrues.  « J’ai vite informé ma mère. Elle dit que je viens d’entrer dans la puberté et m’a tendu un morceau de pagne noir pour me protéger contre la fuite de sang. Elle m’a ensuite instruit de laver discrètement la protection et la faire sécher dans des endroits cachés. Pendant ces jours de règles, je ne suis pas allée à l’école pour éviter d’éventuelles railleries ou de stigmatisation en cas de fuite de sang » raconte notre interlocutrice. 
L’autre s’appelle K.N. KONE, 14 ans une candidate pour l’obtention du diplôme d’étude fondamentale dans un centre d’examen de Bamako. Elle raconte ses ressentis de saignement en pleine composition. « Le matin, quand je traitais la première épreuve de mathématiques, j’ai brusquement senti des douleurs piquantes au bas ventre. J’ai donc précipité des réponses sans vraiment épuiser toutes les questions. Pour éviter une situation de honte ou d’embarras devant les camarades de classe et faute d’infrastructures pour gérer ces genres de situation dans le centre d’examen, je suis rentrée à la maison pour porter une protection. A mon retour, pour les épreuves suivantes de la journée, j’ai rencontré beaucoup de difficultés à les traiter à cause des douleurs et saignements. J’ai eu honte d’en parler aux surveillants. Dieu merci j’ai été admise à l’examen, mais cela a beaucoup affecté ma performance avec une note passable ».
Dans les deux cas de gestion des menstruations, les deux adolescentes ont demontré un besoin non-satisfait pour protéger leurs corps en matière de santé sexuelle et reproductive. 
« A ce stade, nous travaillons à mettre en place des stratégies visant à fournir des kits de dignité, ainsi que des latrines séparées pour les filles. Cela participe au maintien des filles à l’école » soutient Adama Diourté, gestionnaire de l’information du cluster éducation au Mali.
De l’avis des professionnels de l’éducation, il urge de déployer des programmes d’éducation sur la puberté et les produits de gestion menstruelle pour accélérer la promotion de la scolarisation des filles. Les menstruations entraînent des conséquences sur la réussite du cursus scolaire, l’absentéisme, les grossesses précoces et l’abandon de l’école révèle un rapport de WaterAid publié en 2014. 
Dans un discours prononcé lors de la Journée Internationale de l’Hygiène Menstruelle en 2023, Yves SASSENRATH, le Représentant Résident de UNFPA Mali a indiqué qu’au Mali, dans 17,5% des écoles, on observe une  augmentation des jours d’absence de zéro à cinq jours par mois pour les filles en âge de puberté.

Djigui Keita

Blog Mali Nexus